« On ne sauvera pas la planète sans les humains », l’appel de Muriel Pénicaud et Jean-Claude Mailly

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Retrouvez la tribune co-signée sur le site du Journal du dimanche.

Muriel Pénicaud, ancienne ministre du Travail d’Emmanuel Macron et représentante permanente de la France auprès de l’OCDE et Jean-Claude Mailly, vice-président de Synopia et ancien secrétaire générale du syndicat Force Ouvrière co-signent une tribune, écrite dans le cadre des Rencontres du développement durable, pilotées par le think tank Open Diplomacy en partenariat avec le JDD et dont la prochaine étape aura lieu vendredi à Nantes. Dans ce texte, ils appellent à une prise en compte globale des objectifs de développement durable, où États, entreprises et société civile s’allient pour « construire un développement pérenne ». 

 « En traitant de l’environnement, du social et de l’économie, les 17 objectifs de développement durable ont mis en avant la nécessité d’une vision à 360 degrés et d’une approche conjointe pour construire, à l’international comme au local, un développement pérenne. Comme toujours pour avancer, il faut des objectifs, un calendrier, prévoir des évaluations intermédiaires, faire évoluer l’opinion publique tout en influençant les décideurs, ce qui est un des rôles des Rencontres du Développement durable. À mi-chemin de 2030 on peut constater des progrès mais aussi des retards et décalages qu’il est important de corriger.

Certes, la crise sanitaire et la guerre menée par la Russie en Ukraine percutent la marche en avant. Mais elles sont aussi révélatrices de dysfonctionnements, manques et tensions affectant de plus en plus un multilatéralisme que beaucoup, sans naïveté, appellent de leurs vœux. Avoir une approche humaniste du développement est fondamental.

Cela nécessite, au plan économique, de mettre fin à la priorité accordée à la mise en œuvre des préceptes de l’école de pensée économique de Chicago, qui ont défini le rendement financier et actionnarial comme finalité du capitalisme, en promouvant une concurrence dérégulée basée sur le « dumping ». Les conséquences en sont connues : accroissement important des inégalités entre pays, irrespect des normes sociales fondamentales, aggravation des situations environnementales.  Il est donc important que les États exercent mieux leur rôle régulateur notamment aux niveaux régional et international. Cela doit être le cas à l’OMC, où les clauses de réciprocité ont très insuffisamment été prises en considération au profit d’une lecture « laissez-faire » du commerce international, sans conditionnalité sur le respect des normes sociales du travail adoptées à l’Organisation Internationale du Travail. Or pour l ’OCDE le respect des normes sociales est compatible avec le développement économique et l’expansion des échanges.

Les entreprises ont également un rôle majeur à jouer sans confusion ou substitution avec celui des États. Acteurs à part entière du développement durable, elles doivent prendre en considération le moyen – long terme et leurs parties prenantes : salariés, actionnaires, clients, fournisseurs, sous-traitants et collectivités. Elles y sont d’ailleurs de plus en plus incitées par de nouvelles normes ainsi que par la pression de l’opinion publique. Le devoir de vigilance en France, et la prochaine directive européenne sur la responsabilité sociale des entreprises, sont en pointe sur ce sujet, même si l’ambition ne doit pas se limiter à la production d’un rapport de conformité, mais soutenir une transformation profonde.

Certaines entreprises ont été des précurseurs, par exemple en mettant en place au niveau international une protection sociale pour l’ensemble de leurs salariés, suivant ainsi l’exemple de Danone en 2011, ou en s’attachant à la qualité et aux conditions de leurs relations avec la chaîne de leurs sous-traitants.

C’est là tout l’enjeu des démarches de RSE, ESG (Critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) ou ISR (Investissement socialement responsable), quel que soit l’acronyme utilisé.

Leur mérite est de traiter conjointement tous les volets, une articulation dont devraient aussi mieux se préoccuper les pouvoirs publics nationaux dans leurs activités quotidiennes. Le mouvement est en cours même si des écueils doivent être corrigés et des évolutions nécessaires. Ainsi, il faut combattre les comportements de « green » ou « social washing » encore trop présents. Il faut aussi prendre en considération tous les éléments de l’équation au même niveau d’appréhension. Aujourd’hui, le critère environnemental, considéré comme plus mesurable, internationalisable, et comme risque économique lourd, est plus analysé et suivi par les fonds d’investissement que le critère social, alors qu’ils sont complémentaires et interagissent entre eux et avec celui de la gouvernance. La crise énergétique nous le prouve : la transition écologique indispensable peut échouer pour des raisons sociales : si le coût de l’énergie devient prohibitif et frappe durement les plus pauvres, les mouvements sociaux se multiplieront. La transformation verte va transformer près d’un milliard d’emplois dans le  monde dans nombre de secteurs : sans d’immenses plan public-privé de formation et de reconversion, les laissés pour compte seront légion et les nouvelles compétences insuffisantes. La dimension sociale doit donc être un levier majeur de la transition écologique.

Les agences de notation ont développé leur activité, ce qui était indispensable, mais il faut aller plus loin et permettre à des auditeurs indépendants de vérifier sur le terrain, de soulever le capot en quelque sorte. Il faut aussi que toutes les entreprises y aient accès, quelle que soit leur taille, ce qui n’est pas le cas pour des raisons financières et de faisabilité.

Quant à la finance, outil efficace qui peut être tyrannique s’il est dominant, elle doit accentuer son travail de responsabilité et de structuration de nouveaux modèles économiques de développement durable. Soulignons enfin que nombre de travaux démontrent qu’une bonne prise en considération de tous les critères assurent aux entreprises une meilleure résilience et progression à moyen-long terme de l’activité et des résultats financiers.

Reste le troisième acteur, la société civile organisée, comprenant notamment les ONG ou les organisations syndicales de salariés et d’employeurs. Leur rôle est également essentiel comme lanceurs d’alerte, régulateurs et co-constructeurs comme c’est par exemple le cas à l’OIT, où gouvernements, employeurs et salariés élaborent les normes internationales du travail.

Nous savons que tout ne sera pas réglé en 2030, que c’est un travail de longue haleine, qu’il peut être ralenti ou entravé par des crises, mais qu’il est incontournable pour la durabilité d’un modèle de prospérité économique, transformé et respectueux du bien-être des populations et des ressources naturelles de la planète. »

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