« La programmation pluriannuelle de l’énergie : un exercice à risques », par Jérome Ferrier

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Article de Jérome Ferrier, ancien président de l’Association Française du Gaz et membre du comité d’orientation de Synopia, publié dans le magazine Gaz d’Aujourd’hui.

La crise « des gilets jaunes » montre que la transition écologique n’est pas une priorité pour nos concitoyens et apparaît même en contradiction avec les demandes de hausse du pouvoir d’achat, de baisse des taxes, et d’accès pour tous à l’énergie. Dans ce contexte, la publication le 25 janvier 2019 de la « Programmation Pluriannuelle de l’Énergie » (PPE) par le ministère de la transition écologique et solidaire devenait un défi par les temps qui courent

Elle est assise sur une ambition politique forte qui soulève des interrogations, en particulier les moyens nécessaires pour y parvenir :

  • La décarbonation totale du secteur de l’énergie en 2050 consiste à remplacer toutes les énergies fossiles par des énergies n’émettant pas de gaz à effet de serre, tout en réduisant à 50%, dès 2035, la part du nucléaire dans la production d’électricité. En 2050, il n’y aurait donc plus que quatre sources d’énergie :
    • la chaleur renouvelable (géothermie, solaire thermique, pompes à chaleur),
    • la biomasse (bois, biocarburants, biogaz),
    • l’électricité générée par les éoliennes,
    • et l’énergie de récupération non carbonée produite par des énergies non renouvelables ou nucléaire.

L’atteinte d’un tel objectif suppose déjà de parvenir aux objectifs intermédiaires fixés pour 2023, ce qui semble improbable.

  • Les hypothèses sur l’évolution des prix des énergies fossiles, en progression constante entre 2015 et 2030 sont fragiles, car si les consommations de l’une d’entre elles, comme le charbon, mais aussi le pétrole, était amenée à être réduite significativement, la baisse de la demande pourrait entraîner une baisse des prix et une possible reprise de la consommation sous l’effet de la concurrence.
  • Personne ne remet en cause la nécessaire baisse programmée du charbon, énergie la plus émettrice de pollutions atmosphériques. Elle est d’ores et déjà devenue marginale en France, et ne représente plus que 110 TWh sur une consommation totale de 1643 TWh, essentiellement dans l’industrie sidérurgique. L’arrêt programmé des centrales électriques au charbon en 2023 s’inscrit dans la bonne trajectoire. Par contre la suppression totale du gaz naturel dans le mix énergétique en 2050, tout en encourageant d’ici là le basculement du charbon et du pétrole vers le gaz, est plus contestable. La baisse de 20% en 10 ans de la consommation primaire en gaz naturel sera certainement l’objectif le plus compliqué à atteindre. Il est regrettable que les qualités intrinsèques du gaz, avec l’absence de rejets d’oxydes de soufre et de particules préjudiciables à la santé publique, ne soient pas mis en évidence, et que le rapport se concentre sur les émissions qui impactent l’effet de serre et le réchauffement climatique.
  • En même temps, l’objectif de 10% de gaz renouvelable à l’horizon 2030 (qui faisait partie des objectifs du plan climat 2016 de l’Association française du gaz) peut être lui encore atteint sous réserve de mobiliser tous les moyens, notamment les soutiens publics pour faire aboutir les 400 projets existants.
  • Pour que la disparition des énergies fossiles à l’horizon 2050 soit envisageable, il faut que le développement des énergies renouvelables soit au rendez-vous. Cela passe par la chaleur renouvelable à partir de biomasse (+30%), de la géothermie (+400%), et du solaire thermique (+450%).

La PPE prévoit de doubler le parc éolien constitué de 8000 machines en triplant la capacité installée (de 11,7 GW à 35,6 GW), et de tripler la capacité de production photovoltaïque en 6 ans (de 7,6 GW à 20,2 GW).

Ces taux de progression montrent l’ampleur de la tâche.

  • La suppression des dispositifs de soutien pour les nouvelles installations de cogénération gaz, et la décision de ne plus autoriser de nouvelles centrales de production exclusive d’électricité à partir d’énergies fossiles (et donc de gaz naturel) pourraient se révéler contre-productives alors que l’intermittence des productions renouvelables exige un secours que seules les centrales thermiques sont en mesure d’apporter.
  • La satisfaction des critères fixés par la PPE passe par l’atteinte simultanée de plusieurs objectifs : une diminution de l’énergie finale consommée – notamment en électricité (1540 TWh en 2023, soit une baisse de 6,6% par rapport à 2012, puis 1420 TWh en 2028), une montée en puissance des énergies renouvelables – notamment l’éolien terrestre et maritime (doublement du parc) et le photovoltaïque (triplement des capacités), couvrant ainsi 32% de la demande.

Est-il réaliste d’imaginer la demande électrique à cet horizon sur la seule combinaison nucléaire/renouvelables ?

  • Enfin le thème du Gaz Naturel Liquéfié (GNL) à usage de carburant marin (GNL maritime) n’est pas abordé, alors
    • qu’il constituera un vecteur important de croissance dans les dix prochaines années,
    • qu’il est encouragé par un développement dans tous les grands ports en 2023,
    • qu’il contribuera significativement au verdissement de la flotte de navires
    • qu’il fait partie de la stratégie de développement de la mobilité propre.

La prévision est un exercice difficile, surtout sur le court terme : la première étape fixée pour 2023 permettra de tirer les leçons et devrait certainement amener à réviser certains objectifs.

 

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