Interview de Jérôme Ferrier : « La filière gaz s’inquiète de la situation en Ukraine »

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INTERVIEW – Jérôme Ferrier, ancien président de l’Union internationale du gaz (UIG), et Florent Parmentier, enseignant à Sciences Po – tous deux membres du think-tank Synopia – décryptent la nouvelle donne énergétique.

LE FIGARO. – Pourquoi le secteur du gaz se montre-t-il aujourd’hui tellement préoccupé par le climat qui règne en Ukraine?

Jérôme FERRIER et Florent PARMENTIER. – À l’heure de l’investiture de Donald Trump, qui n’a pas manqué de témoigner sa sympathie à plusieurs reprises envers Vladimir Poutine, nul ne saurait estimer à quel point règne à Kiev une anxiété stratégique exacerbée. Les projets d’un «grand marchandage» entre les États-Unis et la Russie, voulu par le Président américain pour contrecarrer l’expansion de la puissance chinoise, font craindre aux dirigeants ukrainiens de n’être qu’une pièce de jeu d’échecs dans les négociations entre Moscou et Washington. Les contrats de transit avec Gazprom – le géant russe du gaz – en vigueur en Ukraine se terminant au 1er janvier 2020, il est urgent de se poser la question de l’utilisation de ces infrastructures, qui ne fonctionnent pour l’heure qu’à la moitié de leur capacité (64 Gm3 de gaz par an). La volonté d’augmenter significativement le coût de transit jusqu’à 2020 (doublement du tarif) relève toutefois d’une posture qui s’avère contraire aux intérêts de l’Ukraine sur le long terme. L’Europe a donc un rôle essentiel à jouer en la matière.

Pourquoi Moscou et Kiev sont-ils tellement à couteaux tirés dans le gaz?

Contre toute attente, les relations gazières russo-ukrainiennes ne doivent pas leur dégradation à la guerre de 2014, puisque les difficultés remontent en réalité à quelques années auparavant. À la suite de l’indépendance de l’Ukraine en 1991, la Russie avait obtenu de la part des Ukrainiens des conditions de transit favorables en contrepartie de livraisons de gaz pour leur consommation domestique à prix préférentiel, permettant le maintien d’une industrie lourde dans la région du Donbass. Ce compromis entre les deux pays a duré jusqu’à la Révolution orange de 2004, à partir de laquelle les relations gazières entre la Russie et l’Ukraine ont connu de nouveaux développements, menant à une augmentation des prix du transit comme des prix du gaz pour les consommateurs ukrainiens. Ces soubresauts ne sont pas passés inaperçus, puisque les Européens ont subi durant l’hiver 2006 puis de nouveau durant l’hiver 2009 des ruptures d’approvisionnement de très courte durée mais qui auront marqué les esprits. C’est à ce moment-là que les discussions sur la sécurité énergétique ont commencé à mobiliser les Européens, notamment en ce qui concerne la diversification des approvisionnements.

La chaîne des approvisionnements vers l’Europe a-t-elle été menacée?

Pour répondre à la dégradation de ces relations gazières, et aux inquiétudes européennes, Gazprom, détenteur du monopole d’exportation du gaz russe, est entré dans une stratégie de diversification de ses routes vers l’Union européenne, qu’il oppose à la stratégie de diversification des sources d’approvisionnement promue par les institutions européennes. Ainsi, alors que plus de 80 % du gaz russe transitait par l’Ukraine au début des années 2000, Gazprom a inauguré de nouvelles routes d’approvisionnement pour les marchés européens: le gazoduc Yamal traversant la Biélorussie et la Pologne en 1997, puis le gazoduc Nord Stream traversant la Baltique à destination de l’Allemagne en 2012. Le sentiment d’abandon que vivent les Ukrainiens arrive en outre à un moment où l’Union européenne elle-même est en proie aux doutes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières. Le projet européen est bien entendu fragilisé par l’avènement du Brexit, qui va mobiliser une bonne partie des forces vives européennes dans une négociation qui s’annonce serrée.

Que préconisez-vous alors?

Dans la situation présente, il est nécessaire d’encourager les négociations sectorielles dans le domaine gazier entre Russes et Ukrainiens, en dépit du conflit actuel et de la politique des sanctions suivie par Bruxelles. Une solution permettrait aux Européens de favoriser la stabilisation de l’Ukraine sur le plan économique et politique: elle consiste à encourager la participation des investisseurs étrangers, et notamment européens, dans les infrastructures ukrainiennes et notamment les réseaux de transport et de stockage. Ce serait une manière pour les Européens de négocier directement avec Gazprom une livraison du gaz à la frontière russo-ukrainienne, et non plus comme aujourd’hui à la frontière entre l’Ukraine et l’Union européenne. En effet, il appartiendrait alors à l’Union européenne de choisir ses points de livraison et les quantités souhaitées, et non plus se voir imposés les points de livraison au détriment des intérêts ukrainiens.

Retrouvez l’interview de Jérome Ferrier sur le site du Figaro.

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