« Emmanuel Macron sera-t-il « chiche » de débattre aussi face aux élus ? », tribune par A.Malafaye et J.Isabello

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FIGAROVOX/TRIBUNE – Constatant la violence et la futilité de l’entretien qui a opposé le chef de l’État dimanche soir aux journalistes Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin, Jacky Isabello et Alexandre Malafaye proposent que le président de la République réitère l’exercice face à des élus, qui représentent davantage la nation.

Le numérique, les réseaux sociaux et le traitement de l’information en continu ont profondément modifié la communication des hommes et femmes politiques. Hypnotisés pendant de nombreuses années par le «kumikata» de Maître Pilhan, judoka communicant génial de François Mitterrand puis de Jacques Chirac, les présidents n’ont cessé de cultiver la rareté de leur parole. Mais une fois élu à la présidence de la République, chaque successeur constatait l’impossibilité d’adopter ces préceptes d’un monde désormais ancien. Emmanuel Macron, l’inventeur du «en même temps», s’est inspiré un temps de cette technique, et en expérimente à présent d’autres avec plus ou moins de succès.

L’exercice organisé dimanche 15 avril sur BFMTV face aux redoutables intervieweurs que sont MM. Bourdin et Plenel le confirme. Mais, au-delà des commentaires de fond, cet OVNI audiovisuel et dominical auquel la France a assisté ouvre la porte à un changement de paradigme dont les réactions épidermiques des politiques masquent pour l’instant l’essentiel des conséquences.

Le match de catch auquel le Président a participé ne rebat pas uniquement les cartes de la communication présidentielle. Il impose d’autres conclusions. En effet, si deux journalistes, qui ont assumé et revendiqué leur absence d’objectivité en endossant le rôle de porte-parole militant de certaines catégories de la population pour l’un et d’idéologue partisan pour l’autre, nous sommes en droit de nous interroger sur l’attitude que devraient avoir les élus et les forces représentées au Parlement, qui se voient remplacés dans leur rôle d’opposants légitimes. En agissant ainsi, Emmanuel Macron poursuit son opération de ringardisation, de dynamitage de «l’ancien monde».

Pouvons-nous rester sur ce «chiche» Plénelo-Bourdinien de fin d’émission, qui consiste à installer une clause de revoyure annuelle, et qui écarte du jeu les forces politiques légitimes? Après ce débat du 15 avril 2018 qui fera nécessairement jurisprudence, pouvons-nous dénier le droit des forces d’opposition régulières à croiser le fer avec le plus important personnage de l’État, sur les sujets qui concernent tous les Français, quelles que soient leurs orientations politiques? Alors que les médias se sont installés, pour citer un commentateur politique, en opposants et non en intervieweurs, comment serait-il possible de refuser aux élus de la nation la même faculté de controverse?

Certes, les fins connaisseurs des coulisses médiatiques ont pu se régaler devant cette joute totalement inédite dans toute l’histoire de la République, avec des gladiateurs au mieux de leur forme ; mais pour les citoyens, le compte n’y est pas. Ce sont aux élus et aux leaders politiques dûment investis de sonner la contestation face à Emmanuel Macron. Mano a mano peut-être, idées contre idées sans aucun doute, mais légitimité du suffrage universel contre légitimité du suffrage universel avant tout ; et ensuite, que le meilleur gagne.

C’est en substance ce que le collectif «Trois débats sinon rien» réclame depuis plusieurs mois. Créé en décembre 2016, il a lancé l’idée d’organiser trois débats entre les candidats qualifiés pour le premier tour de la présidentielle, et interpellé le CSA, les partis politiques et les grands médias audiovisuels. Auparavant, vestige d’une proposition de l’ORTF datant de 1974, n’existait que le débat non réglementé d’entre deux tours. Les «trois débats» se sont installés dans le paysage et nul doute qu’ils se reproduiront en 2022.

Mais il ne sera pas possible d’attendre cette échéance pour que de telles confrontations s’opèrent. Sans remettre en question la réelle innovation proposée par l’Elysée et MM. Bourdin et Plenel, il n’est pas pensable d’admettre leur exercice comme le seul susceptible de dialoguer et débattre avec un chef de l’État qui entend transformer la France. Surtout lorsque la forme surpasse autant le fond et que près de 4 millions de Français regardent cet improbable «show politico-télévisuel». D’autres auraient dit: «Qui imaginerait le Général de Gaulle…» Jean-Luc Mélenchon twitta: «On n’écoute plus les réponses, on attend les questions». Nombre de responsables politiques se sont étonnés du ton des deux intervieweurs à l’égard du chef de l’État. «Vous ne vous êtes jamais adressés à Emmanuel Macron en l’appelant Monsieur le président de la République!» s’est agacée la ministre Jacqueline Gourault. «Déni de démocratie et manque à la déontologie la plus élémentaire», a-t-elle jugé encore. «Interviewers ou combattants?» a demandé le député de LaREM Gilles Le Gendre. «Un exercice d’autosatisfaction du président, dans un cadre poussif et brouillon. Aucune annonce, beaucoup d’enfumage. Les Français ne sont pas dupes: le macronisme est un illusionnisme», a de son côté expliqué la secrétaire générale adjointe de LR, Virginie Duby-Muller. Sans parler des innombrables raccourcis, des confusions, des raisonnements simplistes et des «questions orientées ; posée de manière biaisée» de M. Plenel.

Les sondages diront si l’exercice très risqué voulu par le Président de la République portera ses fruits dans l’opinion. Mais l’enjeu est ailleurs. Puisque le Président accepte de se retrouver face à cette opposition particulière – pour ne pas dire irrégulière -, comment peut-il encore refuser de se confronter aux principaux représentants des oppositions parlementaires?

Distanciation, prise de hauteur, silence organisé, posture «jupitérienne», échanges directs avec les Français lors des déplacements, jusque-là aucune norme de communication entre le pouvoir et le peuple ne s’imposait. Mais en ce dimanche 15 avril 2018, un cap a été franchi.

Il y a déjà plusieurs mois, notre collectif proposait un nouveau format de débat, dont on ne peut désormais plus dire qu’il n’a pas de légitimité. Il s’agit d’instituer des débats d’un genre nouveau: lorsqu’une réforme majeure se profile (une réforme des institutions par exemple…), qu’un sujet passionne l’opinion (comme l’immigration ou la fin de vie), qu’une échéance électorale approche (les élections européennes en 2019) ou que le pays s’engage dans une forme d’action militaire d’envergure (comme en Syrie), nous proposons que soit organisé un débat radio-télévisé entre le Président de la République et des leaders de l’opposition démocratique ayant reçu l’onction du suffrage universel. Face au président, ces personnalités apporteraient leur expérience de la question, leur éclairage, leur contradiction et leur recul. Le débat n’en serait que plus fécond et c’est précisément ce que les Français attendent et ce dont la France a besoin pour se transformer.

De notre point de vue, de tels débats devraient être:

Longs pour bâtir des argumentaires de haut niveau tout en se faisant comprendre de tous les publics ;

Structurés par des journalistes pour la fluidité des échanges, la bonne exécution des grandes parties du débat et la bonne compréhension des enjeux par les Français ;

Retransmis à une heure de forte audience sur une ou plusieurs chaînes de télévision et sur une ou plusieurs radios à forte audience ;

Organisés dans des lieux en rapport avec le sujet. Ainsi, le Conseil constitutionnel se prêterait par exemple très bien à un débat sur les institutions.

Alors, Monsieur le Président? Vous qui ne reculez devant aucune confrontation directe, «chiche» de faire face aux élus?

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