«Briller au sommet ne suffit pas, il faut éclairer le chemin !», chronique par Alexandre Malafaye

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Retrouvez la chronique d’Alexandre Malafaye sur le site de l’Opinion via ce lien.

Nous l’avons déjà souligné dans de précédentes chroniques, la vitesse de travail du Gouvernement, sous l’impulsion dirigiste du Président, fait craindre une insuffisance d’analyse et de réflexion. Il ne faut jamais oublier d’où l’on vient, et le succès du mouvement En Marche ne saurait masquer la réalité d’un parti dont la base est toujours au sommet, ni effacer le souvenir de cette victoire obtenue par « effraction » face aux princes du « vieux monde ».

Certes, dans son ensemble, l’attelage élyséo-gouvernemental a de l’épaisseur, mais ne lui manque-t-il pas la profondeur de l’expérience ? Une qualité qui conduit à modéliser les projets, afin d’en mesurer le plus finement possible les effets dans la durée, tant du point de vue de l’ampleur, des dérives potentielles que des possibles insuffisances. Dans son fameux Tao-To King, Lao Tseu écrivait, voilà 2600 ans, « on régit un grand état comme on fait frire un petit poisson ». Il signifiait ainsi qu’il convient de faire preuve d’une grande précaution dès qu’il s’agit d’action publique.

Cette volonté d’agir vite et au son du clairon, sur tant de fronts ouverts en même temps – certains de façon remarquable (éducation, par exemple) –, présente bien sûr l’avantage de rester maître du jeu. Face à cette boulimie transformatrice d’un Gouvernement sous haute pression, qui multiplie les projets, les annonces et les mises en scène, personne ne suit. Les médias sont saturés et sidérés, l’opposition et les syndicats « éparpillés façon puzzle », et les Français attendent de voir les premiers résultats ; car la France n’est pas une banque, et conclure des deals ne suffit pas à métamorphoser un pays.

Nous pouvons cependant reconnaître l’efficacité de la méthode, qui ne laisse pas le temps à la moindre contestation de s’enraciner, un projet chassant l’autre et déplaçant à chaque fois l’attention des médias. Mais cet activisme tous azimuts ne nuit-il pas à la pensée stratégique et n’a-t-il pas pour corolaire la superficialité de l’action ? Face à son champ, le paysan se doit non seulement de labourer droit, et non par-ci, par-là, mais aussi de labourer profond et partout. Et s’il utilise un araire au lieu d’une charrue, même s’il fanfaronne à la taverne, il ne devra pas s’étonner, le jour de la récolte venu, du maigre rendement.

C’est bien là qu’un risque majeur guette le nouveau pouvoir, celui de confondre vitesse et précipitation. Un danger qui, sur plusieurs chantiers stratégiques pour l’avenir de notre pays, risque d’avoir des conséquences fâcheuses. Prenons l’exemple du « renouveau démocratique », tant promis pendant la campagne présidentielle. En mars 2017, anticipant la crainte d’une précipitation post électorale et le désir de vite faire, nous avions lancé, en vain et dans ces colonnes, un appel en faveur d’un « Grenelle de la démocratie ». Pour l’instant, ce renouveau là n’a rien de démocratique, et l’excellente tribune de Patrick Devedjian (l’Opinion du 7 février 2018) le démontrait avec brio.

Mais loin de nous l’idée de faire un procès d’intention à notre Président. Ses prédécesseurs lui ont laissé un pays dans un piteux état, anxieux, figé dans ses corporatismes, et avec des marges de manœuvres budgétaires infimes. A lui, donc, d’exploiter au mieux l’espace ET le temps disponibles. Dans cet esprit, afin d’éviter que l’emballement ne nuise à l’effet final recherché, il ne serait pas inutile de ralentir le rythme, pour donner à chaque grande réforme le temps d’être pleinement pensée.

Ainsi, en moins d’un mois, nous avons vu débouler une loi sur l’immigration, un plan contre la radicalisation, ou encore un projet de service national. Aussi pertinentes soient-elles, ces initiatives sont loin de procurer un sentiment de « renouveau » : on répare dans l’urgence, on bricole de nouvelles lois, et on s’extasie devant tant d’audace avec des mots excessifs pour décrire la promesse. Pourtant, les souris ne font pas des éléphants.

Le cas de l’immigration est caractéristique de cette précipitation à vouloir apporter des réponses alors qu’il importe de poser d’abord la bonne question, celle de la société que nous voulons bâtir ensemble, en nous projetant à un siècle, et en prenant en compte l’ensemble des paramètres (Histoire, réalités et aspirations sociales, démographie, religions, etc.).

Bien sûr qu’il y a un problème avec les flux migratoires, et avec l’immigration, mais avant de faire une loi pour – tenter de – juguler le flux et traiter tant bien que mal le cas de ces milliers de malheureux, ne devrions-nous pas réfléchir à la Nation française de demain, à sa diversité, à son modèle ? Pour un pays, l’immigration ne constitue pas un bienfait qui tombe du ciel, mais elle peut devenir une vraie chance, à condition de le vouloir, de s’en donner les moyens et d’agir sans faillir. Car rien n’ira plus de soi comme on l’a trop longtemps pensé. Et si la loi peut influencer les esprits qu’elle concerne directement, elle ne pénètre pas le cœur de la multitude par magie. Notre pays n’a plus besoin de lois, il a l’impérieux besoin d’un projet de société.

Cette question, personne n’a voulu la poser dans les années 1960 et 70, quand eurent lieu les grandes vagues migratoires destinées à fournir de la main d’œuvre bon marché à nos usines. Les Français d’alors auraient-ils voulu de cette société « moderne », avec ces ghettos urbains, ces millions de jeunes en déshérence, cet aberrant partage des richesses, et ce racisme ambiant qui, faute de mieux, s’abrite derrière le joug d’une terreur moralisatrice ?

N’est-il pas temps de nous poser cette question ? Sans passion. Sans chercher à faire commerce, comme trop le font, de ces enjeux. Ensuite, seulement, nous pourrons faire des lois, sur l’immigration et sur le reste, pour refonder la maison France, et nous les appliquerons avec fermeté parce que nous serons collectivement d’accords sur le projet et le cap. L’acceptabilité repose sur la compréhension et la confiance.

Qu’on ne s’y trompe plus. Refaire Nation est primordial. A l’heure de cette redoutable montée du démago-populisme en Occident, il est fou d’abandonner ce projet aux surdiplômés de l’école des effets de manche tels que Marion Maréchal-Le Pen. Le 22 février, devant le  congrès annuel des conservateurs américains (CPAC) cette dernière s’est livrée à une charge virulente contre notre modèle, la conception de nos valeurs, et l’Europe. En soi, le CPAC reçoit qui il veut, même le diable s’il le souhaite. Sauf qu’à la même tribune, outre ce fomenteur de Brexit qu’est Nigel Farage, nous avons vu défiler… Donald Trump et son Vice-président ! Imaginons un instant la tête que feraient les dirigeants Chinois si, lors d’un Colloque à Paris, Emmanuel Macron parlait au même micro que le Dalaï-lama et le dissident emprisonné Wu Gan. Le message est clair, et ce n’est pas un signal faible. Ce coup de billard indirect de l’exécutif américain vise notre unité et notre intégrité, et prend appui sur nos fragilités. Alors s’il fallait un déclic pour réagir, le voilà !

 

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