« Avant de s’installer au volant, mieux vaut s’assurer que le moteur fonctionne ! » par Xavier Dupont

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Avant de s’installer au volant, mieux vaut s’assurer que le moteur fonctionne !

 

C’est un rite puissant : tous les cinq ans, la campagne présidentielle est en France le moment fort de la démocratie. C’est la période où les candidats et, avec eux, les observateurs et les « penseurs de la chose publique » effectuent les remises en cause les plus profondes et exposent les projets les plus audacieux.

Pourtant, cette fois-ci, rien de tel. Les quelques propositions innovantes énoncées en début de campagne (le revenu universel, la réduction de 500 000 fonctionnaires, une « autre façon » de faire de la politique) ont été en quelques semaines tellement édulcorées par leurs promoteurs qu’elles ont perdu toute leur force initiale, leur originalité et leur intérêt. Au fond, plus que la crainte que ces projets soient inconséquents, cette timidité ne traduit-elle pas le fait que les candidats sentent, au fond d’eux-mêmes, l’extrême difficulté que représenterait leur mise en œuvre ? Et, en quelque sorte, leur démission implicite et anticipée à mener des réformes profondes ?

De fait, toutes les grandes démocraties semblent à la peine pour répondre aux aspirations des peuples. Certaines se réfugient dans des solutions hâtivement vendues comme des panacées (voir par exemple Donald Trump aux États-Unis, ou le Brexit au Royaume-Uni), d’autres cherchent des chemins nouveaux avec plus ou moins de réussite et de sérieux (Mouvement 5 Stelle en Italie, Podemos et Ciudadanos en Espagne, Syrisa en Grèce ).

Peut-être faut-il interroger le système lui-même de gouvernance : et si c’étaient les mécanismes de la démocratie représentative qui n’étaient plus adaptés ?

Nous vivons en effet une époque où la mondialisation abolit les distances et dilue les structures et les cultures locales, et où la civilisation numérique, désormais triomphante et invasive, privilégie l’individu et les rapports « peer to peer ». L’horizontalité devient le modèle instinctif de fonctionnement, et on ne comprend plus que des décisions ou des impulsions doivent venir d’ « en-haut » pour être opératoires.

Pour autant, jamais l’existence de repères, de règles fixes, absolues et générales et d’un ordre connu et accepté n’a été aussi nécessaire. Vivre côte à côte en bonne intelligence nécessite des règles, c’est aussi simple que cela, et plus les libertés sont importantes, plus le besoin de règles se fait sentir. Même la Toile, espace de la plus grande liberté, ressent le besoin de fixer des normes d’usage, une éthique de comportement, et de disposer d’une police pour faire respecter ces règles.

Le défi proposé à notre époque est donc de parvenir à concilier un pouvoir « vertical » fort, colonne vertébrale de la société, avec l’expression légitime et incontournable d’initiatives « horizontales » de plus en plus nombreuses et productives.

Par ailleurs, le système issu de la période précédente ne fonctionne plus. Ou plutôt, fonctionne avec tellement d’accommodements, de coutures et de reprises que certains mécanismes de décision collective deviennent incompréhensibles et sont donc perçus comme illégitimes. Les exemples abondent de processus d’arbitrage qui ne fonctionnent pas comme ils devraient.

Récemment, les opinions publiques étaient suspendues à une décision de justice (au Conseil d’État) qui devait déterminer s’il convenait ou non d’interrompre les soins d’un malade en coma irréversible depuis de longues années. Les citoyens sentaient bien que cette arrêt, par son effet de jurisprudence, aurait valeur de décision à portée générale sur les cas similaires à venir, et pourquoi pas, pour eux-mêmes ou leurs proches. Que ces juges soient pleins de sagesse et d’humanité ne change rien au malaise qui touche la démocratie : est-ce à des juges (non élus) de prendre des décisions qui, finalement, s’imposeront à tous ? Ce débat ne doit-il pas être sur la place publique et tranché au Parlement ?

De façon similaire, les citoyens ne comprennent pas plus que des décisions concernant les modalités pratiques d’exercice de la laïcité (en l’occurrence le port du voile en entreprise) soient prises par un tribunal, qui plus est supranational (la CJUE), alors que la tâche de définir la loi commune devrait précisément revenir à l’Assemblée nationale, démocratiquement élue. « La Loi est l’expression de la volonté générale. (…). Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse », énonce la Déclaration des droits de l’homme.

Il en va encore de même – troisième exemple – lorsque des « Hautes Autorités », dont les membres sont simplement nommés, prennent des décisions concernant toute la collectivité dans des domaines aussi essentiels que l’audiovisuel, l’usage des fichiers informatiques, ou l’utilisation du génome humain.

En vérité, nos systèmes de gouvernance sont tellement rapiécés que l’on ne voit plus bien au nom de quelle légitimité certaines décisions sont prises. Nos vieilles démocraties ont bien besoin d’un profond « re-engeneering » !

Enfin, il faut ajouter un dernier élément qui ajoute à la confusion, c’est l’absence de vision claire et partagée de l’avenir. Cette construction d’un projet collectif, la proposition d’un avenir possible qui devienne désirable, est normalement de la responsabilité des dirigeants politiques qui sollicitent les suffrages de leurs concitoyens. Comment, dans un monde menacé par les obscurantismes mortifères, par les risques environnementaux, par des usages potentiellement liberticides des technologies, organiser une vie en société apaisée, et qui apporte à chacun l’espérance de construire sa vie ? Ce devrait être à cette question que répondent les programmes politiques, plutôt que de conjecturer sur des chiffres et des courbes.

Réconcilier la nécessaire verticalité du pouvoir qui organise et ordonne, avec l’horizontalité des initiatives citoyennes bénévolentes ; décortiquer les mécanismes de prise de décisions publiques pour en refonder les légitimités ; imaginer et proposer un destin commun qui puisse être consensuel et mobiliser les énergies : voilà un programme de travail – à engager en préalable – pour le président, et pour la prochaine assemblée nationale !

Xavier Dupont
Membre de Synopia

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