Enquête exclusive : Les Français n’arrivent plus à dire « nous »

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Article publié dans La Croix le 13 mars 2017, écrit par Bernard Gorce

Si l’attachement des Français à la nation reste fort, ils ne font plus confiance aux responsables politiques pour forger un destin commun. Les fractures économiques et culturelles sont bien perçues comme une vraie menace sur la société.

L’enquête Ifop-Synopia publiée par La Croix révèle, à quelques semaines de l’élection présidentielle, les tensions qui traversent le pays. La crise de confiance qui mine la société française n’est pas nouvelle mais, plus de vingt ans après la fameuse « fracture sociale » (1995) que Jacques Chirac voulait réduire, les citoyens semblent désespérer des politiques.

► L’attachement à la nation

Le sentiment d’être français reste aujourd’hui très élevé chez nos concitoyens. À une énorme majorité, 86 %, ils jugent fort ou très fort le lien d’appartenance à la nation. Cet attachement traverse toutes les strates de la population, avec un tassement chez les jeunes. Plus surprenant est un léger retrait de ce sentiment d’appartenance des salariés du public par rapport aux salariés du privé.

L’enquête offre une perspective très intéressante sur la nature de ce lien selon la sensibilité politique. Toutes opinions confondues, la langue française est placée en premier comme source « très importante » de notre identité. Mais ensuite, les choix révèlent une culture de gauche davantage tournée vers les « valeurs de la République » et une culture de droite plus patrimoniale, qui insiste sur l’histoire et les symboles (drapeau, hymne…). Sur ce point, l’écart est énorme entre les partisans socialistes, qui ne sont que 37 % à les juger très importants contre 76 % chez les sympathisants des Républicains.

Des clivages politiques parlants

Interrogés sur le point de savoir qui incarne le mieux ces valeurs, les Français mettent « les militaires » en tête. Pour Jérôme Fourquet, directeur du département opinion et stratégies de l’Ifop, ce choix est lié au contexte de l’opération Sentinelle, avec la présence de soldats dans l’espace public. Mais là aussi, les clivages politiques sont parlants.entretien : « Notre désir de sécurité est lié à un désenchantement politique »Si les partisans des Républicains (LR) et du Front national (FN) choisissent en premier les militaires, ceux du Front de gauche (1) citent les militants associatifs et ceux du Parti socialiste (PS), les enseignants. Quant au positionnement des partisans d’En marche !, « il montre que ceux-ci ne viennent pas de l’univers culturel de la gauche, analyse Jérôme Fourquet, car ils placent en tête les juges, puis les militaires puis les enseignants, dans une forme de synthèse entre les valeurs de droite et de gauche. »► Une défiance envers les politiquesEntre l’attachement des Français à des valeurs et la réalité de leur vie quotidienne, le sondage montre un fossé inquiétant. 82 % jugent l’écart important ou très important. Une perception forte dans certaines catégories de la population, comme les travailleurs indépendants (93 %) ou les dirigeants d’entreprise (90 %). Sur le plan politique se dessine une courbe en U : aux extrêmes, l’écart est jugé important (87 % au FN et au FG), moins au PS ou à En marche ! (73 %).à lire : Démocratie, mieux associer les citoyensCe sentiment que les valeurs sont devenues virtuelles se traduit par un très fort rejet des responsables politiques et des élites. Ainsi, les dirigeants sont relégués très loin en fin de tableau pour leur contribution au sentiment d’appartenance à la nation. Le « destin commun » est lui aussi peu évoqué comme nourrissant ce sentiment d’appartenance.

Les Français optimistes à titre individuel, mais collectivement pessimistes

Un résultat confirmant les baromètres sur la confiance des Français qui, depuis des années, montrent qu’ils sont optimistes à titre individuel mais collectivement pessimistes. « Les Français constatent une absence d’éclaireurs, de personnalités capables de nous entraîner vers l’avenir », souligne encore Jérôme Fourquet.Interrogés sur les fractures qui traversent la société, les sondés jugent importante celle entre les citoyens et les élites, à un niveau presque aussi élevé qu’entre riches et pauvres. Une défiance qui alimente la montée des populismes.► Une société fracturéeAprès l’attentat de Nice et l’assassinat du P. Jacques Hamel, des études d’opinion avaient mis en avant la forte progression des préoc­cu­pa­tions liées à l’immigration, à la menace islamiste, qui devenaient même plus importantes, dans une perspective électorale, que les enjeux économiques.Huit mois plus tard, l’enquête Ifop-Synopia montre que c’est le sujet économique qui est largement repassé en tête des préoccupations. La fracture entre riches et pauvres est jugée importante ou très importante dans toutes les catégories de la population.

À droite, perte de confiance dans le système éducatif

« Toutefois, malgré l’absence d’attentat depuis cet été, la perception de la fracture religieuse et identitaire reste sur un socle important, estime Jérôme Fourquet. Au moindre drame, cela pourrait redevenir prioritaire. »à lire : Comment les candidats à la présidentielle se positionnent face à l’école privéeOn notera également la perception extrêmement forte de la fracture éducative parmi les partisans LR. Elle vient même en tête des réponses dans l’électorat de droite. La perte de confiance dans le système éducatif et la peur du déclassement dans un univers dominé par la compétition font de la question scolaire un enjeu sans doute sous-estimé dans les débats publics.–––––––––––––––Un colloque sur le projet républicainSynopia est un laboratoire d’idées indépendant fondé par Alexandre Malafaye. Ses travaux « visent à améliorer l’éthique et l’efficacité des systèmes et des stratégies de gouvernance ».Il réunit des hauts fonctionnaires civils, des responsables militaires, des dirigeants d’entreprises, des intellectuels, de jeunes actifs et des étudiants.Synopia organise mardi 14 mars un colloque intitulé : « Le projet républicain face aux enjeux de cohésion nationale et de justice sociale », avec l’université Paris-Dauphine et la chaire Management, diversité et cohésion sociale de Dauphine.L’enjeu de cette rencontre est d’analyser les fractures qui traversent la société et de dégager des solutions. « Il y a une façon de pratiquer la politique qui n’est plus à la hauteur des enjeux, explique Alexandre Malafaye. Beaucoup d’initiatives existent sur le terrain, mais elles ne suffisent pas à répondre aux défis d’une société de plus en plus cloisonnée. »

 

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