Après la COP 21 : l’analyse de Claude Mandil

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Quelles sont les bonnes raisons de se réjouir, pour tout le monde ou presque (même les grincheux) ?

– Le premier accord sur le climat signé par tout le monde : 195 états plus l’Union européenne.

– Conséquence du point précédent : La fin de la division entre pays Annexe 1 (ceux qui devaient faire tous les efforts) et les autres. Cette division ne correspondait plus à l’émergence de grands pays riches et polluants hors annexe 1.

– Un accord dynamique qui  impose des rendez-vous avec mesures, vérifications et rapports : Il n’est plus possible à un Etat de dire « après vous, s’il vous plaît ». Tout le monde doit se lancer.

– L’adaptation est citée au même titre que l’atténuation : c’est la fin d’une hypocrisie néfaste.

– Un magnifique succès de la diplomatie et de l’organisation françaises, reconnues dans le monde entier (un petit cocorico de temps en temps ne fait pas de mal).

Pour quelle raison les grincheux sont-ils mécontents… et pourquoi ils ont tort.

– Un accord sur des engagements qui n’en sont pas : On promet… de tenir ses engagements (les INDC, contributions définies au niveau national).

Voire ! Est-ce si peu contraignant d’être montré du doigt pour n’avoir pas réalisé ce qu’on s’était engagé à faire ? Et si on demandait à tous les hommes politiques français de s’engager à respecter les promesses de campagne ?

Et n’oublions pas que les négociateurs étaient confrontés à une contrainte absolue : l’accord devait être contraignant certes, mais pas au point de rendre nécessaire la ratification par le Congrès américain, ce qui aurait échoué à coup sûr. Le mieux était ici l’ennemi du bien.

– Des INDC peu ambitieuses en général, incompatibles avec l’objectif  +2°, a fortiori avec l’objectif +1,5°.

C’est vrai, et c’est pour cela que l’accord est dynamique : les clauses de rendez-vous permettront de rectifier le tir.

– Pas de grand objectif de pénétration des énergies renouvelables.

C’est vrai et c’est tant mieux. Il ne s’agit pas de développer les renouvelables à tout prix mais de réduire les émissions de gaz à effet de serre au moindre coût. De ce point de vue, l’efficacité énergétique, le nucléaire ou la capture et la séquestration du CO2 peuvent être compétitifs ; laissons-leur leur chance.

– Une omniprésence de l’Industrie, qui ressemble beaucoup à du « green washing ».

L’industrie a en effet été très présente à Paris, en particulier par la voix du WBCSD (World Business Council for Sustainable Development). C’est une grande chance, qui n’a rien à voir avec le green washing. Une partie de plus en plus visible du business mondial se rend compte que les entreprises ont beaucoup à perdre en restant du côté des pollueurs et beaucoup à gagner à développer de nouvelles techniques et de nouveaux marchés. La COP leur doit beaucoup.

Quels sont les sujets d’inquiétude, même pour les optimistes ?

J’en vois trois :

– L’impact du méthane est encore largement sous-estimé et la conférence s’est abstenue de modifier le taux d’équivalence retenu pour le méthane par rapport au CO2. Le taux actuel, de 20, correspond à une équivalence à très long terme, alors que la plupart des scientifiques reconnaissent qu’il vaudrait mieux prendre le taux à vingt ans, plus proche de 70.

– Une occasion a été manquée, celle d’un vigoureux plaidoyer pour l’instauration d’un prix du CO2, alors que ce signal, essentiel pour déclencher les investissements nécessaires, était très attendu.

– La grande faiblesse de la position européenne, qui doit ses bons résultats essentiellement à la désindustrialisation, se crispe sur des solutions très coûteuses (éolien offshore) et laisse à l’abandon les deux outils sur lesquels elle comptait : le marché de l’électricité et le marché ETS. Mis à part la présidence française, la COP est surtout le résultat des avancées de la Chine et des Etats-Unis.

Et maintenant ?

Beaucoup va se jouer dans les prochaines semaines : rythme des ratifications, mise en place des mesures financières et des systèmes de reporting, ordre du jour de la COP 22 à Marrakech. Or la COP est présidée, jusqu’à Marrakech, par la France.

Conclusion : Laurent Fabius ne peut pas partir maintenant !

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