« And the winner is… l’abstention et le renouvellement ! » par Alexandre Malafaye

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Article publié dans La revue parlementaire, le 6 juillet 2017.

Tel est le paradoxe de ces élections, qui ne devrait pas manquer d’interpeller les nouveaux parlementaires.

Quand près de deux Français sur trois (62 %) s’abstiennent ou votent blanc, il est en effet conseillé de s’interroger. Au premier tour de la présidentielle, les mêmes Français avaient voté à près de 74 % en faveur de candidats incarnant le renouveau, ou motivés par le dégagisme[1]. Ils ne croyaient plus aux anciens et n’ont pas plébiscité les nouveaux. Est-ce si surprenant que cela ? Non. Pour l’essentiel, la défiance des gouvernés vis-à-vis gouvernants persiste. Mal profond qui affecte le « patient français » depuis une trentaine d’années, enraciné dans les fractures de la société et attisé par des pratiques politiques de plus en plus stériles et parfois insupportables, il nécessitera des soins de longue durée prodigués avec humilité. Ce qui n’exclue pas les électrochocs et en ce sens, l’élection d’Emmanuel Macron et celle des 350 députés LREM – MoDem en constituent un. Impuissante et pétrifiée, l’ancienne équipe soignante a été congédiée sans frais. Le signal est fort. Son remplacement constituait un préalable indispensable, même s’il ne faut attendre aucun miracle de cette nouvelle équipe au socle électoral réduit. L’arrivée dans l’Hémicycle de députés FN et FI ne va d’ailleurs pas lui simplifier la tâche, mais au moins, tous ceux qui prétendent détenir un antidote pourront dialoguer en direct, autrement que par médias et rues interposés.

Pour autant, si les lauréats des élections de 2017 ont gagné l’épreuve de l’oral – une élection n’est pas autre chose –, il leur faut maintenant réussir l’écrit et les travaux pratiques. Or, en démocratie, la bonne médecine politique est l’une des plus complexes à élaborer, et tout indique déjà que le patient ne va pas se laisser opérer les yeux fermés. Il surveillera de près chaque parole et chaque acte, et la légitimité des impétrants va se conquérir pas à pas, jour après jour. Ils disposent du droit de passer à l’acte. C’est là, et seulement là, que réside leur légitimité, d’autant que, pour beaucoup, ils n’ont aucune pratique de la médecine politique. Finalement, les dimanches 11 et 18 juin, les Français se sont peut-être sentis inspirés par l’apôtre Thomas. Incrédules à force d’avoir été bernés, ils attendent de voir et toucher pour croire.

La confiance des Français à l’égard de leurs dirigeants peut revenir, il faut le souhaiter tant elle conditionne le futur de notre pays, mais à n’en pas douter, dans la durée, elle sera en grande partie influencée par le type de loyauté dont les nouveaux élus feront montre. Viendra le moment où chacun d’eux sera amené à se poser une simple question : « Qui m’a fait roi ? ». La mythologie ayant fait son apparition dans cette campagne, l’image d’un système polythéiste peut être projetée pour figurer la démocratie, et dès cet instant, la silhouette de Jupiter se dessine. Mais si un homme a pu changer l’existence de quelques centaines d’autres avec les élections, aucun d’eux ne devra jamais oublier d’où il tire son pouvoir. Dans le Panthéon démocratique, la pyramide est inversée, et au-dessus de Jupiter, se trouvent des millions de petits dieux. Ceux qui ont voté, et ceux qui n’ont pas voté et dont l’abstention a plus que jamais compté. A titre d’exemple, si l’électorat LR s’était mobilisé pour les législatives dans la même proportion que celui de LREM, les candidats LR auraient obtenu deux millions de voix en plus. A l’avenir, mieux vaut ne plus oublier les électeurs, ni perdre de vue la Nation et l’intérêt général. A l’heure de l’uberisation, rien ni personne n’est à l’abri d’un châtiment rapide des urnes, et 2022, c’est demain.

Ainsi, commence le quatrième quinquennat de la V° République, placé sous le signe de l’ambivalence, entre renouvellement des élites et démobilisation électorale. En 2017, la droite pensait avoir un boulevard, Emmanuel Macron dispose d’une ligne de crête.

Alexandre Malafaye

Président de Synopia

[1] Score obtenu par l’ensemble des candidats, sauf ceux du PS et de LR.

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